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La prise en main par l'Etat du projet Alzette-Belval2015 est-elle une bonne nouvelle?
 

Liaison Belval vers l’autoroute A30 :
vers la destruction irrémédiable du corridor écologique transfrontalier
Mardi, 14 février 2012
Dans le cadre des travaux de la liaison routière « Belval vers l’autoroute A30 », le préfet de la région Lorraine vient d’autoriser, par arrêté préfectoral interdépartemental, la destruction et la perturbation des espèces animales protégées présentes sur l’emprise du projet, ainsi que la destruction ou l’altération de leurs habitats. Cette dérogation porte sur quelque 80 espèces protégées de flore, amphibiens, reptiles, chiroptères, mammifères, insectes et oiseaux, répertoriées sur Micheville et la plaine humide du ruisseau Beler constituant une mosaïque d’habitats naturels à haute valeur patrimoniale.

Il est utile de rappeler que lorsqu’ils envisagent des travaux dans les milieux naturels, les maîtres d’ouvrage doivent réaliser une étude complète afin de déterminer les impacts du projet sur les habitats et les espèces protégés, pour ainsi élaborer des mesures de suppression, de réduction et de compensation de ces impacts. Au cours des deux dernières années, les associations environnementales, fortes de leurs connaissances de terrain, ont participé à des réunions de concertation relatives à l’élaboration du dossier de dérogation du projet routier, organisées par les conseils généraux de Moselle et de Meurthe-et-Moselle, maîtres d’ouvrage de la liaison routière. Cependant, les maîtres d’ouvrage ont minimisé de façon déplorable les effets de la fragmentation des milieux naturels sans tenir compte des remarques essentielles des associations dans l’élaboration des mesures environnementales. La fédération Mirabel Lorraine Nature Environnement et l’association Empreinte Positive s’appuyant sur deux avis successifs (voir le premier avis et l'avis complémentaire) des experts du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Lorraine (CSRPN) dénoncent des mesures peu ambitieuses qui ne compenseraient pas la destruction du corridor écologique reliant Micheville et les zones Natura 2000 luxembourgeoises d’Esch-sur-Alzette et de Differdange. Pire, aucune évaluation des incidences de ce projet sur ces sites luxembourgeois protégés au niveau communautaire (situés entre 600 et 900 mètres du projet routier) n’a été réalisée, malgré l’évidence des impacts qu’aurait cette route sur les objectifs de conservation de ces sites (voir un courrier interassociatif, intersyndical adressé aux maîtres d’ouvrage du projet le 12 décembre 2011). Ignorant de manière radicale les recommandations argumentées des experts du CSRPN visant le maintien du corridor écologique et réclamant la réalisation d’une étude d’incidence Natura 2000, le préfet de région a décidé d’autoriser les travaux.

Alors que les acteurs locaux entendent structurer les futurs aménagements de l’opération d’intérêt national Alzette-Belval autour de ce nouvel axe routier, on peut légitimement dénoncer une démarche irrespectueuse vis-à-vis des enjeux écologiques sur le secteur. En effet, de par le fractionnement qu'elle créerait, l’infrastructure rendrait impossible l'intégration d'un espace naturel cohérent et fonctionnel à l'ensemble du programme d’urbanisation. Nous estimons pourtant que la création d'un espace protégé (une réserve naturelle transfrontalière par exemple) serait justifiée au regard de la richesse naturelle en présence et qu’il valoriserait de manière certaine et pérenne les zones urbaines alentour, apportant une meilleure qualité de vie à leurs habitants actuels et futurs. Cette infrastructure routière, considérée a priori comme élément structurant de l’opération d’aménagement en cours, rend très improbable la gestion intégrée de la biodiversité et son maintien sur cette zone. L’opération d’intérêt national Alzette-Belval fait craindre des pressions foncières fortes qui pourraient contribuer à une artificialisation irrémédiable du territoire, à une destruction supplémentaire des continuités écologiques et à l'érosion de la biodiversité en diminuant les possibilités de dispersion des espèces animales et végétales. La non prise en compte des impacts cumulés du projet routier et des opérations d’aménagement est scientifiquement injustifiable. Il aurait été nécessaire d'anticiper et de fondre le projet d'infrastructure et les grands projets d'aménagements fonciers en un seul programme pour avoir une vision globale, cohérente à long terme et ambitieuse en matière d’impacts sur la biodiversité.

Rappelons que la pertinence du projet routier est également contestée par des structures associatives sur le plan de la mobilité (voir à ce sujet le document d'Agirr-Fnaut "Liaison Belval-A30 : un projet d'intérêt général majeur ?"). Frontaliers et riverains réclament à juste titre, depuis un grand nombre d’années, des solutions efficaces en termes de gestion des déplacements urbains et des transports dans ce bassin de vie enclavé. Cependant, miser sur la liaison routière « Belval vers l’autoroute A30 », abusivement qualifiée par les élus locaux de « contournement d’Audun-le-Tiche », avec le tracé tel qu’il est défini actuellement, risque de provoquer un véritable scandale, quand dans quelques années, les habitants de la communauté des communes du Pays Haut Val d’Alzette constateront que la route ne résout pas les problèmes de saturation du trafic. Des solutions alternatives existantes, moins pénalisantes pour l'environnement, et privilégiant les modes doux de déplacement, pourraient répondre parfaitement aux besoins de mobilité de la population et du secteur économique. Dans la perspective de l’aménagement d’une agglomération transfrontalière véritablement durable, la réouverture au trafic voyageur de la voie ferrée Fontoy/Audun-le-Tiche (dont le tronçon terminal serait détruit par la liaison routière, condamnant à terme la réhabilitation de la ligne entière) pourrait par exemple offrir de belles opportunités de mobilité.